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La Formule du Consensus Helvétique 1675 (formula consensus)


CANON 1.
Dieu, dont la bonté et la grandeur sont infinies, a non seulement rédigé par écrit par Moïse, par les prophètes et par les apôtres, la Parole qui est la puissance à tout croyant, mais il a encore, jusqu’à cette heure, veillé continuellement avec une affection paternelle sur ce Livre pour empêcher qu’il ne fût corrompu par les ruses de Satan, ou par quelque artifice des hommes. L’Église reconnaît donc avec beaucoup de raison que c’est à une grâce et une faveur de Dieu toute particulière, qu’elle est redevable de ce qu’elle a et de ce qu’elle aura jusqu’à la fin du monde. La parole des prophètes renferme les saintes Lettres, dont un seul point et un seul iota ne passera point, non pas même quand les cieux et la terre passeront.

CANON 2.
Les livres hébreux du Vieux Testament en particulier, que nous avons reçus de l’Église judaïque, à qui les oracles de Dieu furent autrefois confiés; ces livres que nous conservons encore aujourd’hui sont authentiques, tant par rapport à leurs consonnes que par rapport à leurs voyelles. Par ces voyelles il faut entendre les points eux-mêmes, ou du moins leur valeur; ils sont aussi divinement inspirés, tant pour les choses mêmes que pour leurs expressions, de sorte qu’ils doivent être avec les écrits du Nouveau Testament la seule règle invariable de notre foi et de nos mœurs. C’est avec cette règle qu’il faut examiner, comme avec une pierre de touche, toutes les versions, orientales ou occidentales, et si elles s’en écartent en quelque chose, il faut les y rendre conformes.

CANON 3.
Nous ne pouvons donc point approuver le sentiment de ceux qui posent en fait que la manière dont on lit le texte hébreu n’a été établie que par la volonté des hommes. Dans les endroits où ils ne trouvent pas à leur gré cette manière de lire, ils ne se font aucune peine de la rejeter et de la corriger par les versions grecques des LXX et des autres interprètes, par le texte samaritain, par les paraphrases chaldaïques ou par d’autres versions encore. Ils vont même quelquefois jusqu’à suivre les corrections que la seule raison leur dicte. Ainsi, ils ne connaissent pour authentique aucune autre leçon que celle qu’on peut déterminer en comparant les unes avec les autres les différentes éditions, sans en excepter même celle du texte hébreu, qu’ils prétendent avoir été altéré en plusieurs manières. Ils veulent que chacun se serve de son propre discernement dans l’examen des diverses leçons. Enfin, ils soutiennent que les exemplaires hébreux que nous avons aujourd’hui ne sont pas les seuls qu’il y ait jamais eu, puisque les versions des anciens interprètes diffèrent de notre texte hébreu, ce qui est, encore aujourd’hui une preuve que les livres hébreux n’étaient pas entièrement uniformes. De cette manière, ils ébranlent le fondement de notre foi et portent atteinte à son autorité, toute digne qu’elle est de notre respect le plus profond.

CANON 4.
Dieu fit, avant la création du monde, le Décret des Siècles en Jésus-Christ Notre Seigneur ; il forma ce décret par le pur bon plaisir de sa volonté, sans aucune prévision du mérite des œuvres ou de la foi. Il choisit, à la louange de sa grâce magnifique, un nombre fixe et déterminé d’hommes qui auraient le malheur de naître avec tout le reste du genre humain d’un sang corrompu et d’être souillés et esclaves du péché. Il résolut de les conduire dans ce temps au salut par le seul médiateur, Jésus-Christ ; il détermina en lui-même de les appeler d’une manière efficace, des les régénérer, et de leur donner la foi et la repentance en considération du mérite de ce même Jésus-Christ, et par la vertu toute puissante du Saint-Esprit, auteur de la régénération. Ainsi Dieu forma de cette sorte le décret de faire briller sa gloire. Il résolut : 1° de créer l’homme innocent ; 2° de permettre sa chute ; 3° enfin, d’avoir compassion de quelques-uns d’entre les hommes pécheurs, par cela même de les élire, mais de laisser les autres dans leur corruption, et de les dévouer finalement à un malheur éternel.

CANON 5.
Jésus-Christ lui-même se trouve compris dans ce miséricordieux décret de l’élection divine. Ce n’est pas qu’il en soit la cause méritoire ou le fondement antérieur, mais c’est qu’il est lui-même l’élu qui a été préconnu avant la fondation du monde, et, par cela même, qu’il est le premier et le principal moyen que Dieu a trouvé bon d’employer pour l’exécution de son dessein charitable. Il a été élu pour être notre précieux médiateur et notre frère aîné. C’est de son mérite précieux que Dieu a voulu se servir pour nous communiquer le salut sans blesser sa justice. L’Écriture ne témoigne pas seulement que l’élection a été faite par le pur bon plaisir du conseil et de la volonté de Dieu, mais elle attribue aussi la destination ou le don et l’envoi de Jésus-Christ, notre médiateur, à l’amour infini de Dieu le Père pour le monde des élus.

CANON 6.
C’est pourquoi nous ne convenons point avec ceux qui enseignent que Dieu a été touché d’un grand amour pour le genre humain dont il prévoyait la chute ; nous ne croyons point avec eux qu’il ait eu en vue de sauver tous les hommes, en général, et chacun d’eux, en particulier, sous la condition de la foi ; nous ne saurions nous persuader avec eux que Dieu ait fait un tel décret par un dessein général antérieur à l’élection, par une volonté conditionnelle, par un simple souhait, par un premier mouvement de miséricorde (c’est une de leurs expressions), par un désir destitué d’efficace. Nous ne pensons point avec eux que Dieu ait donné Jésus-Christ pour être le médiateur de tous les hommes, en général, et de chacun d’eux, en particulier. Enfin, nous n’admettons point le système par lequel ils établissent que Dieu considéra quelques hommes non seulement comme pécheurs dans la personne du premier Adam, mais comme rachetés dans la personne du second Adam, et qu’il les élut en cette dernière qualité, c’est-à-dire qu’il résolut de leur accorder dans le temps, par un effet de sa grâce, le don salutaire de la foi. C’est dans ce seul acte qu’ils font consister l’élection proprement ainsi nommée. Ces dogmes et les autres qui leur sont semblables s’éloignent entièrement de la saine doctrine touchant l’élection, car l’Écriture n’étend pas à tous les hommes, en général, et à chacun, en particulier, le dessein que Dieu a formé d’exercer sa miséricorde, mais elle le restreint et le limite aux seuls élus. Elle rejette expressément et personnellement les réprouvés comme Ésaü, à qui Dieu a porté une haine éternelle ; la même Écriture témoigne encore que le conseil et la volonté de Dieu ne changent point, qu’ils sont immuables, et que Dieu fait dans le ciel tout ce qu’il lui plaît. En effet, Dieu est infiniment éloigné de toutes les imperfections auxquelles les hommes sont sujets. Il n’y a en lui ni passions, ni désirs stériles ; il n’est ni téméraire dans ses desseins, ni susceptibles de repentance, de changement, d’irrésolution. La destination que Dieu a faire de Jésus-Christ pour médiateur et le salut de ceux qui lui ont été donnés comme son bien propre, son héritage assuré, viennent d’une seule et même élection, et n’en sont point le fondement antérieur.

CANON 7.
Comme Dieu avait de toute éternité connu toutes ses œuvres, il créa aussi dans le temps selon sa puissance, sa sagesse et sa bonté infinies, l’homme qui est le plus beau de ses ouvrages et le chef d’œuvre de ses mains. Il le fit à son image, et par cela même innocent, sage et juste. Après l’avoir formé, il le fit entrer dans l’alliance des œuvres ; dans cette alliance il lui promit, par un effet de sa bonté, la vie, sa faveur et sa communion, pourvu qu’il obéît à ses ordres.

CANON 8.
Cette promesse, qui accompagnait l’alliance des œuvres, n’emportait pas seulement la continuation d’une vie et d’une félicité de la nature de celle dont notre premier père jouissait sur la terre, mais elle emportait principalement la possession d’une vie, d’une félicité éternelle et céleste. En effet, l’homme aurait été enlevé dans le ciel et il aurait éprouvé en corps et en âme des ravissements ineffables dans la communion de Dieu, s’il eût achevé la carrière d’une obéissance parfaite ; c’est ce dont l’arbre de vie était déjà une figure pour Adam. C’est aussi ce que nous fait entendre la puissance de la loi que Jésus-Christ a accomplie à notre place. La vie que cette loi nous procure, maintenant que Jésus-Christ a satisfait à tous ses droits, n’est autre chose qu’une vie céleste, et la mort, dont elle menace, au contraire, les transgresseurs, n’est pas seulement une mort temporelle, mais un mort éternelle.

CANON 9.
C’est pourquoi nous n’entrons point dans le sentiment de ceux qui disent que la félicité céleste n’était point proposée à Adam comme le prix et la récompense de l’obéissance qu’il devait rendre à Dieu. Ils ne reconnaissent point d’autre promesse de l’alliance des œuvres que celles d’une vie sans bornes dans le paradis terrestre, vie, disent-ils, qui aurait été comblée de tous les biens dont le corps et l’âme peuvent jouir dans l’état d’innocence. Cette pensée est contraire au vrai sens de la parole de Dieu.

CANON 10.
De même que l’alliance des œuvres que Dieu contracta avec Adam ne regardait pas seulement Adam lui-même, mais aussi tout le genre humain qui était en lui comme dans son chef et dans sa tige, et qui, par une suite de la bénédiction que Dieu avait donnée à la nature, serait sorti de lui pour hériter de son innocence, s’il avait su la conserver ; pareillement il a péché par une chute, funeste, non seulement pour lui-même, mais aussi pour tout le genre humain, qui devait tirer son origine du sang et de la volonté de la chair. Il a perdu, pour ses descendants ainsi que pour lui-même, les biens qui étaient promis dans l’alliance des œuvres. Nous croyons donc que le péché d’Adam est imputé à toute sa postérité par un juste et secret jugement de Dieu. L’apôtre Saint Paul témoigne que tous ont péché en Adam, que par la désobéissance d’un seul homme, plusieurs sont rendus pécheurs et que tous meurent en lui. Et certainement on ne voit point de raison pour laquelle une corruption héréditaire semblable à une mort spirituelle, aurait, par un juste jugement de Dieu, enveloppé tout le genre humain, s’il n’eût commis auparavant quelque péché qui le rendît digne de cette mort : Dieu, qui est un juge très juste de toute la terre, ne punit que les coupables.

CANON 11.
L’homme est donc, depuis le péché, soumis de sa nature en deux manières à la colère de Dieu et à sa malédiction, et cela dès le premier moment de sa naissance et avant qu’il ait commis aucun péché actuel. Il est soumis à cette colère et à cette malédiction 1° pour la faute qu’il a commise et la désobéissance où il est tombé, lorsqu’il n’était encore que dans les reins d’Adam ; et en 2nd lieu, à cause de la corruption que cette désobéissance a entraînée après soi. Il hérite de cette corruption dans le temps même de la conception, et elle le rend entièrement dépravé et mort d’une mort spirituelle. De sorte que c’est avec raison qu’on distingue deux sortes de péché originel, savoir le péché imputé et le péché inhérent et héréditaire.

CANON 12.
Nous ne saurions donc, sans trahir la vérité céleste, admettre le sentiment de ceux qui nient qu’Adam ait, par un établissement de Dieu, représenté tous ses descendants, et, par conséquent, que son péché leur soit immédiatement imputé. En se servant du terme d’imputation médiate et conséquente, non seulement ils anéantissent l’imputation du premier péché, mais encore ils rendent extrêmement problématique la thèse de la corruption héréditaire.


CANON 13.
Comme Jésus-Christ a été élu de toute éternité pour être le chef, le prince et l’héritier, c’est-à-dire le Seigneur de tous ceux qui sont sauvés, dans le temps, par sa grâce, il a aussi été fait, dans le temps, médiateur de la nouvelle Alliance, uniquement en faveur de ceux qui lui ont été donnés par l’élection éternelle pour être son peuple propre et particulier, sa postérité et son héritage. Car, c’est pour les élus seuls qu’il a, suivant le décret de Dieu le Père et de sa propre volonté, souffert d’une mort cruelle. Il n’a ramené qu’eux seuls dans le sein de la grâce, il n’a réconcilié qu’eux seuls avec Dieu le Père, justement irrité, et n’a délivré aucune autre personne de la malédiction de la loi. Notre Sauveur Jésus-Christ sauve son peuple en le délivrant de ses péchés ; il a donné son âme pour la rédemption de plusieurs, pour ses brebis qui prêtent l’oreille à sa voix. Ce n’est que pour elles qu’il veut bien prier comme sacrificateur appelé de Dieu ; il ne prie point pour le monde. Par conséquent, Jésus-Christ étant mort, les élus seuls, qui deviennent dans le temps de nouvelle créatures, ces élus, pour lesquels il s’était offert comme une victime d’expiation, sont censés morts avec lui et justifiés de tout péché. Ainsi, la volonté de Jésus-Christ mourant conspire parfaitement avec le décret du Père et avec l’opération du Saint-Esprit. Le Père ne donne au Fils que les seuls élus à racheter, et le Saint-Esprit ne sanctifie que les seuls élus. Il n’en sanctifie point d’autre et ne donne qu’à eux seuls une vive espérance de la vie éternelle. Telle est la parfaite harmonie du Père, qui forme les décrets, du Fils, qui opère la rédemption, et du Saint-Esprit, qui nous sanctifie.

CANON 14.
Cela se confirme encore parce que, comme Jésus-Christ a mérité et qu’il donne actuellement le salut à ceux pour qui il est mort, il leur a mérité aussi, et leur donne actuellement les moyens qui servent à les amener à ce salut, et en particulier l’esprit de régénération, et, en particulier, le don céleste de la foi. Car l’Écriture témoigne que le Seigneur est venu pour sauver les brebis perdues de la maison d’Israël, qu’il envoie le Saint-Esprit comme la principale source de notre régénération, et qu’une des plus excellentes promesses de la nouvelle alliance, dont il a été fait le médiateur, c’est qu’il écrira sa loi, c’est-à-dire la loi de la foi, dans le cœur de ses disciples. Elle déclare encore que tout ce que le Père a donné à Jésus-Christ vient à lui ; enfin, que par la foi nous avons été élus en Jésus-Christ pour être saints, exempts de toute tache, et, par conséquent, pour être enfants de Dieu par sa grâce. Or, nous ne pouvons être enfants de Dieu que par la foi et par la vertu de l’Esprit qui nous régénère.

CANON 15.
Jésus-Christ a pleinement satisfait à Dieu son Père par l’obéissance qu’il lui a rendue dans la mort à la place des élus ; mais il faut concevoir cela d’une telle manière, qu’on mette dans le rang de la justice et de l’obéissance qu’il a pratiquée à la place de ses élus, tout ce qu’il a fait et souffert pendant tout le cours de sa vie pour accomplir la loi, étant par excellence le serviteur juste de Dieu. Car, toute la vie de Jésus-Christ n’a été, suivant la déclaration de Saint-Paul, qu’un anéantissement continuel, un abaissement et une humiliation qui s’est augmentée par degrés jusqu’à son dernier terme, lequel a été la mort de la croix.
L’Esprit de Dieu annonce aussi clairement que Jésus-Christ a, par la sainteté de sa vie, satisfait pour nous à la loi et à la justice de Dieu. Il fait consister le prix par lequel nous avons été rachetés, non seulement dans les souffrances du Fils de Dieu, mais dans l’exactitude avec laquelle il a conformé toute sa vie à la loi. S’il attribue notre rédemption à la mort et à la passion de Jésus-Christ, en particulier, ce n’est pas pour une autre raison que parce qu’il a été consommé par les souffrances. Ainsi le Saint-Esprit nous fait porter les yeux sur ce dernier période sans lequel nous ne pouvons être sauvés, et qui nous présente un riche tableau où nous voyons briller avec éclat toutes les vertus. Il désigne l’obéissance de notre Sauveur par le plus illustre de tous ses actes, sans avoir pour cela dessein de séparer de la mort la vie qu’il avait menée auparavant.

CANON 16.
Ces choses étant ainsi, nous ne saurions approuver la doctrine de ceux qui enseignent le contraire. Ils disent que Jésus-Christ a, de son propre mouvement, et suivant la volonté du Père qui l’a envoyé, souffert la mort pour tous les hommes, en général, et pour chacun d’eux, en particulier, à condition qu’ils croient à l’Évangile, ce qui est une condition impossible. Ils soutiennent que ce Sauveur a obtenu pour tous les hommes un salut dont ils ne sont pourtant pas tous rendus participants. Ils ajoutent qu’il n’a mérité proprement et actuellement le salut et la foi pour personne, en particulier, mais qu’il a seulement levé l’obstacle que formait contre nous la justice divine, et qu’il a, par son sacrifice, donné lieu au Père de traiter avec tous les hommes une nouvelle alliance. Enfin, ils distinguent entre la justice active et la justice passive de Jésus-Christ, et ils assurent qu’il réserve pour lui-même la justice active, et qu’il ne donne et n’impute à ses élus que la justice passive. Toutes ces explications, et autres semblables, sont manifestement opposées à l’Écriture et à la gloire de Jésus-Christ, qui est le chef et le consommateur de notre foi et de notre salut ; elles affaiblissent la vertu de sa mort, et, sous prétexte de relever son mérite, elles le diminuent en effet.

CANON 17.
La vocation au salut est proportionnée aux temps. Elle est, suivant que Dieu le juge à propos, tantôt moins générale, mais elle n’a jamais été absolument universelle. Car, sous le Vieux Testament, Dieu a annoncé sa parole à Jacob et ses ordonnances à Israël ; il n’a pas fait ainsi aux autres nations. Sous le Nouveau Testament, Jésus-Christ fait, à la vérité, la paix par son sang, il a rompu la muraille de séparation, et Dieu a jusqu’à présent étendu l’enceinte de l’Église, faisant prêcher l’Évangile en plusieurs lieux et adressant à un grand nombre d’hommes la vocation extérieur : Il n’y a plus de distinction entre les Juifs et les Gentils. Mais Dieu est maintenant le Seigneur de tous, et il déploie ses richesses sur tous ceux qui l’invoquent. Cependant la vocation au salut n’est pas pour cela absolument générale, car Jésus-Christ déclare qu’il y en a beaucoup d’appelés, il ne dit pas que tous les hommes le soient, et quant Saint Paul et Timothée formèrent le dessein de passer en Bythinie, l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Il y a eu autrefois, et il y a encore aujourd’hui, comme cela se prouve par l’expérience, des milliers innombrables d’hommes qui n’ont pas même ouï prononcer le nom de Jésus.

CANON 18.
Cependant Dieu ne s’est point laissé sans témoignage à l’égard de ceux qu’il n’a pas daigné appeler au salut par sa parole. Il leur a donné le ravissant spectacle des cieux et des astres. Et, pour leur manifester sa longue tolérance, il leur a révélé ce que l’on peut connaître de Dieu par les ouvrages de la nature et de la Providence. Mais il ne faut pas, pour cela, s’imaginer que ces œuvres de la nature et de la Providence divine aient été des témoins suffisants pour suppléer à la vocation intérieure et pour apprendre aux hommes le mystère du bon plaisir de Dieu, et de la miséricorde qu’il nous témoigne en Jésus-Christ ; car l’apôtre ajoute immédiatement que les choses invisibles de Dieu, savoir sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde quand on les considère dans ses ouvrages. Il ne dit pas qu’on y découvre le secret du bon plaisir de Dieu, qui nous a été révélé par Jésus-Christ. S’il renvoie les hommes à la contemplation de l’univers, ce n’est pas pour y apprendre le mystère du salut que Jésus-Christ nous acquis ; mais c’est pour les convaincre qu’ils sont inexcusables, puisqu’ils n’ont pas même fait un bon usage de la connaissance que Dieu leur avait laissée, et qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont point rendu grâces ; c’est aussi dans le même esprit que Jésus-Christ bénit Dieu son Père de ce qu’il a caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce qu’il les a révélées aux petits enfants. L’apôtre Saint Paul nous enseigne encore que Dieu nous a fait connaître par son pur bon plaisir le secret de sa volonté, suivant ce qu’il avait résolu en Jésus-Christ.

CANON 19.
Lorsque Dieu appelle extérieurement les hommes par la prédication de l’Évangile, il le fait d’une manière très réelle, nullement feinte ; il ne nous découvre pas, à la vérité, ses vues secrètes par rapport au salut ou à la damnation de chacun de nous, mais il nous fait connaître très sérieusement et très sincèrement quelle est la nature de notre devoir, et ce que nous avons à espérer si nous le pratiquons, et à craindre si nous ne le pratiquons pas. La volonté de Dieu, lorsqu’il appelle les hommes, est que ceux qu’il appelle viennent à lui, qu’ils ne négligent pas un si grand salut. Aussi promet-il, sans la moindre ombre de dissimulation, le salut éternel à tous ceux qui viennent à lui par la foi. C’est une vérité constante, comme s’exprime un apôtre, que si nous mourons avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui ; si nous le renonçons, il nous renoncera aussi ; si nous sommes infidèles pour lui, il demeure fidèle ; il ne peut se démentir lui-même. Cette volonté n’est point inefficace, même par rapport à ceux qui n’obéissent pas à la vocation divine, parce que Dieu parvient toujours aux fins qu’il s’est proposées. Il fait connaître aux hommes leur devoir et conduit au salut les élus qui ne manquent pas de s’y appliquer, et il rend inexcusables les autres qui négligent de faire ce qu’il leur commande. Certainement, un homme spirituel accordera sans peine le décret de Dieu, tel que l’analogie de la foi nous le représente, avec la vocation extérieure faite de vive voix ou par écrit. Comme Dieu approuve toutes les vérités qui, comme autant de conséquences justes, résultent de ses desseins, on a raison d’affirmer qu’il veut que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle. Car, quoique Dieu n’ait formé aucun décret universel, sans déterminer ce qu’il fera de chaque personne, et, par conséquent, quoique Jésus-Christ ne soit pas mort pour tous les particuliers d’entre tous les hommes, mais uniquement pour les élus que Dieu lui a donnés ; quoique tout cela soit ainsi, dis-je, cependant Dieu veut que cette proposition : Quiconque croit en Jésus-Christ a la vie éternelle, soit universellement vraie, parce que c’est un conséquence de son décret particulier et de sa volonté déterminée. Mais, quant à ce qui arrive, que les seuls élus croient et que les réprouvés s’endurcissent lorsqu’on leur met à tous devant les yeux la volonté de Dieu, et qu’on les appelle extérieurement en son nom, c’est un effet de la seule grâce de Dieu ; elle produit toute cette différence. Les élus, déterminés par cette grâce, croient d’une manière salutaire ; mais les réprouvés demeurent dans le péché par une suite nécessaire de cette méchanceté, qu’ils ont apportée en venant au monde. Ils s’amassent, par leur impénitence et par l’endurcissement de leur cœur, un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu.

CANON 20.
Nous ne doutons donc point qu’on ne se trompe, quand on croit que Dieu appelle au salut, non seulement ceux à qui il fait prêcher l’Évangile, mais aussi ceux à qui il ne le fait point annoncer et à qui il ne se révèle que par les ouvrages de la nature et de la Providence. Les personnes qui sont dans cette erreur ajoutent que la vocation au salut est tellement universelle, qu’il n’y a aucun mortel à qui elle ne soit suffisamment adressée. Les uns, disent-ils, sont appelés médiatement en ce que Dieu leur accordera la lumière de sa grâce, s’ils font un bon usage de leurs lumières naturelles ; les autres le sont immédiatement parce que Dieu leur fait annoncer Jésus-Christ et le salut qu’il nous a acquis. Ils soutiennent, enfin, qu’à moins qu’on établisse une grâce absolument universelle, on ne peut pas dire que la vocation extérieure soit véritable et non feinte, ni prouver que Dieu offre très sérieusement et très sincèrement le salut à tous ceux qu’il appelle. Ce sont là des dogmes contraires à l’Écriture et à l’expérience de tous les temps. On y confond manifestement la nature avec la grâce, ce qu’on peut connaître de Dieu avec sa sagesse secrète, et les lumières de la raison avec celles de la révélation divine.

CANON 21.
Ceux que Dieu appelle au salut par la prédication de l’Évangile ne sauraient ni croire en Jésus-Christ, ni répondre à cette vocation, à moins que le Seigneur ne les ressuscite et ne les arrache à la mort spirituelle par un acte de cette même puissance par laquelle il a commandé que la lumière éclatât du sein des ténèbres. Il faut que Dieu répande sa clarté dans leurs cœurs, par la grâce irrésistible de son Esprit, afin qu’ils soient éclairés de la splendeur de la connaissance de sa gloire, qui se découvre en la personne de Jésus-Christ. Car l’homme animal ne reçoit point les choses qui partent de l’Esprit de Dieu, elles sont pour lui une folie, et il ne peut même les connaître, parce qu’il faut être spirituel pour en bien juger. L’Écriture démontre en plusieurs endroits cette impuissance totale : elle le fait même par tant de déclarations et tant d’emblèmes, qu’à peine trouvera-t-on un sujet sur lequel elle fournisse des preuves plus convaincantes et en plus grand nombres. On pourrait, il est vrai, l’appeler une impuissance morale, à cause que son sujet est moral, de même que son objet ; mais elle est aussi naturelle, et doit être appelée de ce nom, parce que l’homme est naturellement et par une suite des lois de la naissance, enfant de colère, dès le premier moment de sa vie. Comme cette impuissance naît avec lui, il ne peut s’en délivrer que par la grâce victorieuse et triomphante du Saint-Esprit.

CANON 22.
Il y a deux manières par lesquelles Dieu, qui est un juste juge, a promis de justifier l’homme : l’une dans la loi, l’autre dans l’Évangile. Dans la loi, il promet de déclarer l’homme juste en conséquence de ses œuvres ou de ses propres actions. Dans l’Évangile, il s’engage à le traiter comme tel en considération de l’obéissance ou de la justice d’un autre, savoir Jésus-Christ, notre répondant, dont l’obéissance est imputée par grâce à celui qui croit. Le premier de ces moyens sert à justifier l’homme innocent, le second, à justifier l’homme pécheur et corrompu. Conformément à ces deux moyens de justification, l’Écriture établit deux Alliance, l’une des œuvres, et l’autre de la grâce. Celle des œuvres a été traitée avec le premier Adam, et, en lui, avec chacun de ses descendants. Le péché ayant rendu cette première alliance vaine et inutile. Dieu en a traité avec les seuls élus, dans le second Adam, une seconde, qui est éternelle et qui ne sera point sujette à l’abrogation comme la première.

CANON 24.
Au reste, cette dernière Alliance a eu, suivant la diversité des temps, des économies différentes. Car, quand l’apôtre Saint Paul désigne la dernière économie par ces mots : La dispensation de la plénitude des temps, il nous fait assez clairement entendre qu’il y a eu une autre économie et une autre dispensation dans les siècles qui ont précédé le temps que Dieu avait marqué pour la prédication de l’Évangile. Mais dans toutes ces deux économies de l’Alliance de grâce, les élus n’ont été sauvés que par l’Ange de la face, par cet agneau immolé dès la fondation du monde, par Jésus-Christ, par la connaissance de ce serviteur juste et par la foi en lui, aussi bien qu’en son Père et en son Esprit. Car Jésus-Christ est toujours le même, hier, aujourd’hui et dans tous les siècles, et nous croyons que c’est par la grâce du Seigneur Jésus-Christ que nous serons sauvés de même qu’eux, savoir les Pères. Les mêmes fondements demeurent inébranlables dans tous les deux Testaments. Heureux sont ceux qui se confient en lui, c’est-à-dire dans le Fils ! Celui qui croit en lui n’est point condamné, mais celui qui ne croit point est déjà condamné ; vous croyez en Dieu, il veut dire le Père, croyez aussi en moi. Or, si les Pères ont cru en Jésus-Christ, en leur Rédempteur, il s’en suit qu’ils ont aussi cru au Saint-Esprit, puisque personne ne peut, sans le Saint-Esprit, dire que Jésus-Christ est le Seigneur. Et, en vérité, on voit dans le Vieux et le Nouveau Testament tant de preuves qui montrent que les Pères ont eu cette foi et qu’elle est nécessaire pour le salut, qu’il n’y a que ceux qui ferment volontairement les yeux qui puissent ne pas les apercevoir. Il fallait, il est vrai, suivant la nature de l’économie de ces siècles-là, tirer la connaissance salutaire de Jésus-Christ et de la très sainte Trinité, non seulement des promesses de Dieu, mais aussi des ombres, des types et des figures de la loi. Quoique cela rendît la chose plus difficile qu’elle ne l’est à présent, sous le Nouveau Testament, les connaissances des élus étaient pourtant réelles et proportionnées au degré de révélation dont ils jouissaient. Elles étaient suffisantes, avec la grâce de Dieu, pour leur procurer le salut et pour consoler leurs âmes.

CANON 25.
Nous condamnons donc la doctrine de ceux qui croient nous étaler trois alliances entièrement distinctes les unes des autres, l’alliance naturelle, l’alliance légale et l’alliance de l’Évangile. Ils s’embarrassent si fort en pensant les expliquer, et en voulant déterminer la différence qu’il y a entre elles, qu’ils répandent une grande obscurité sur ce qu’il y a de plus important dans les vérités de la religion. Ils ne se font aucun scrupule de parler avec trop de relâchement de la nécessité qu’il y avait, sous le Vieux Testament, de connaître Jésus-Christ, de croire en lui, de se reposer sur sa satisfaction et de mettre de la confiance en la très sainte Trinité. La manière dont ils traitent la théologie nous paraît fort dangereuse.

CANON 26.
Enfin, pour prévenir les fâcheuses divisions qui causent de toutes parts de si grands ravages dans l’Église de Dieu, nous à qui le Seigneur a maintenant confié la dispensation de l’Évangile dans l’Église qui est la maison de Dieu, nous voulons très sérieusement nous soumettre à cette loi avec tous nos candidats au saint ministère et tous ceux qui seront un jour appelés par la volonté et la providence de Dieu à nous succéder dans nos travaux, nous nous engageons, dans ce temps où le monde tend à sa destruction, à garder fidèlement, suivant l’exhortation de l’apôtre des Gentils, le dépôt qui nous a été confié, évitant les discussions vaines et profanes. Nous nous engageons à conserver religieusement la sincérité et la simplicité de la connaissance qui est conforme à la piété, et à persévérer constamment dans la charité et dans un foi non feinte, qui sont les deux plus excellentes de toutes les vertus. Par conséquent, que personne ne s’avise de professer, soit en public, soit en particulier, aucun dogme de la foi douteux, ou nouveau et inouï jusqu’à présent dans nos Églises ; aucun dogme contraire à la Parole de Dieu, à notre confession helvétique, à nos livres symboliques et aux canons du synode de Dordrecht ; aucun dogme, enfin, qui n’ait été prouvé et établi par l’Écriture dans l’assemblée publique de nos frères. Sur toutes choses, que non seulement nous enseignions fidèlement, par la Parole de Dieu, la nécessité de sanctifier le jour du Dimanche, mais que nous en recommandions aussi et en pressions de toutes nos forces l’observation. Enfin, que toutes les fois que l’occasion s’en présentera, nous maintenions, nous enseignions et nous prouvions unanimement et fidèlement, tant dans l’Église que dans les écoles, la vérité des canons qui sont ici rédigés par écrit, et que nous avons tirés de la Parole infaillible de Dieu.


Texte numérisé par CFC Réforme.
Source : Histoire de l'Eglise de Genève depuis le commencement de la Réformation jusqu'en 1815. Ed. 1862.